SebUbaye Posté(e) 14 décembre 2025 Signaler Posté(e) 14 décembre 2025 Bonjour, Je suis nouveau sur ce site et je n'ai pas de connaissances particulières en géologie hormis quelques bouquins / échanges. J'aurai aimé avoir votre avis sur cette roche. Je sais juste que c'est la zone où on retrouve des roches du plancher océanique. Gabbro ? Merci beaucoup :) Citer
BUT Posté(e) 14 décembre 2025 Signaler Posté(e) 14 décembre 2025 Bonjour Il y a un article intéressant, en accès libre sur internet, concernant ce secteur : "Géologie et métamorphisme du complexe ophiolitique de la Haute-Ubaye (Basses-Alpes, France)" Dieter Markus STEEN Bulletin suisse de Minéralogie et pétrographie. 55, 523-566, 1975 Ce qui suit provient essentiellement de ce document (et très accessoirement de ce que j'ai pu voir sur place, car j'y suis allé mainte fois dans les soixante dernières années). Il y a énormément de roches et de faciès rocheux dans ce secteur. Mais, fondamentalement, les formations affleurant sur le versant Sud du Pelvat de Chabrières sont: - des métadolérites dans sa moitié Ouest, là où vous avez pris la photo et ramassé le caillou; - des marbres et "jaspes" dans sa moitié Est (résultant du métamorphisme des tout premiers sédiments déposés sur le fond océanique : calcaire et radiolarite). Les dolérites initiales ont été inégalement mais dans l'ensemble fortement modifiées par le métamorphisme alpin, avec passage dans le faciès "schiste bleu", et pour une partie rétromorphose dans le faciès "schiste vert". A l'origine, il s'agissait de dolérites grossières à texture intersertale (verre dans les interstices entre cristaux). Les minéraux essentiels anté-métamorphiques étaient : Feldspath (Albite; cristaux typiquement entre 2mm et 1cm), Augite, Hornblende, Fe-Mg Chlorites. L'auteur de l'article distingue trois types de dolérite initiale en fonction de la répartition de ces minéraux. Une dolérite étant un "microgabbro", je suppose qu'une dolérite grossière se rapproche d'un gabbro fin. Donc le terme gabbro est sûrement acceptable. Mais, dolérite ou gabbro, ces roches ont subi un métamorphisme significatif. Lors du métamorphisme alpin, toute une série de cristallisations et de transformations se sont produites. Les minéraux suivants sont apparus, par ordre chronologique : - Lawsonite (dans les lattes d'Albite). - Chloromélanite (pyroxène sodique envahissant les cristaux d'Augite). - Pumpellyite - Amphibole bleue souvent zonée (Crossite --> Glaucophane) - Ferristilpnomélane - Mica blanc - Actinote - minéraux du groupe de l'Epidote - Fe-Mg Chlorites - Calcite : cristallisation tardive envahissant le Feldspath, ou se substituant à l'Augite en association avec la Chlorite - Ilménite leucoxénisée et Sphène - Pyrite Ces roches sont donc un affreux pucier à l'échelle micro. Et pour que la fête soit complète, les minéraux de métamorphisme apparus les premiers, lors du métamorphisme faciès "schiste bleu", ont pu être plus ou moins complètement substitués par les plus récents, lors de la rétromorphose. Ainsi par exemple, certains cristaux de Lawsonite ont été ultérieurement transformés en Stilpnomélane, Chlorite, Clinozoïsite-Epidote, ou remplacés par de la Calcite, voire même retransformés plus ou moins complètement en Albite. Dans ce dernier cas les cristaux d'Albite initiaux - bien formés avec macles reconnaissables - sont devenus au terme du processus des agrégats de micrograins d'Albite, avec des tas de reliques des divers minéraux apparus puis disparus. De même, dans les zones qui ont subi la rétromorphose "schiste vert", l'Amphibole bleue a disparu au profit d'autres minéraux. Pour en venir enfin à votre caillou, on peut supposer qu'au moins une partie des zones blanches étaient à l'origine des cristaux d'Albite, qui ont été plus ou moins transformés et remplacés par d'autres minéraux. Mais l'Augite a également pu être substituée en partie par des minéraux clairs. Faute de pouvoir réaliser une lame mince, un test utile serait de voir si le caillou fait effervescence en présence d'acide chlorhydrique dilué, ce qui indiquerait la présence de Calcite. En effet, si la Calcite est présente, cela signifierait que le caillou a subi - ou au moins entamé - une rétromorphose du faciès "schiste bleu" vers le faciès "schiste vert". Sinon les photos font envie, avec la Tête de Malacoste, le Rubren et le Monte Salsa en arrière-plan; j'espère y retourner un jour, qui sait? Citer
Hervé C Posté(e) 14 décembre 2025 Signaler Posté(e) 14 décembre 2025 La région de la Haute Ubaye est particulièrement belle et effectivement complexe sur le plan géologique, elle est du reste très riche en divers roches et minéraux, tout comme la région de Saint Véran, qui n'est pas très loin. Merci pour votre communication. Hervé C Citer
Stef4412 Posté(e) 14 décembre 2025 Signaler Posté(e) 14 décembre 2025 Il y a 4 heures, BUT a dit : Une dolérite étant un "microgabbro", je suppose qu'une dolérite grossière se rapproche d'un gabbro fin. Donc le terme gabbro est sûrement acceptable. Mais, dolérite ou gabbro, ces roches ont subi un métamorphisme significatif. +1 je mettrai juste un "méta" devant à cause du métamorphisme justement, "métagabbro" c'est doit pas être mal Citer
BUT Posté(e) 14 décembre 2025 Signaler Posté(e) 14 décembre 2025 Il y a 5 heures, BUT a dit : Les dolérites initiales ont été inégalement mais dans l'ensemble fortement modifiées par le métamorphisme alpin, avec passage dans le faciès "schiste bleu", et pour une partie rétromorphose dans le faciès "schiste vert". A l'origine, il s'agissait de dolérites grossières à texture intersertale (verre dans les interstices entre cristaux). Les minéraux essentiels anté-métamorphiques étaient : Feldspath (Albite; cristaux typiquement entre 2mm et 1cm), Augite, Hornblende, Fe-Mg Chlorites. L'auteur de l'article distingue trois types de dolérite initiale en fonction de la répartition de ces minéraux. Une dolérite étant un "microgabbro", je suppose qu'une dolérite grossière se rapproche d'un gabbro fin. Donc le terme gabbro est sûrement acceptable. Mais, dolérite ou gabbro, ces roches ont subi un métamorphisme significatif. Bonjour Stef4412, si l'on se réfère à mon texte non tronqué, on peut constater que dans le paragraphe que vous citez - incomplètement - je traite des roches initiales, avant métamorphisme. Sinon, dans mon texte de 42 lignes, le préfixe "méta-" figure huit fois (dans les mots "métadolérite" et "métamorphisme"), et le mot "rétromorphose" figure quatre fois. Le caractère métamorphique de ces roches me semble donc martelé de façon claire, intelligible, répétitive ad nauseam, et sans la moindre ambiguïté. Citer
SebUbaye Posté(e) 15 décembre 2025 Auteur Signaler Posté(e) 15 décembre 2025 Merci beaucoup pour vos retours. J'en conclue en tout cas qu'il est difficile de mettre un nom sur un caillou tant les nuances sont possibles... Merci pour l'article. Passez une bonne soirée ! Citer
trenen23 Posté(e) 16 décembre 2025 Signaler Posté(e) 16 décembre 2025 Il y a 10 heures, SebUbaye a dit : Merci beaucoup pour vos retours. J'en conclue en tout cas qu'il est difficile de mettre un nom sur un caillou tant les nuances sont possibles... Merci pour l'article. Passez une bonne soirée ! Globalement compte tenu du contexte, métagabbro n'a rien d'impossible. Serge Citer
Mu̍negu Posté(e) 16 décembre 2025 Signaler Posté(e) 16 décembre 2025 Le 14/12/2025 à 22:25, Stef4412 a dit : +1 je mettrai juste un "méta" devant à cause du métamorphisme justement, "métagabbro" c'est doit pas être mal Citer
BUT Posté(e) 16 décembre 2025 Signaler Posté(e) 16 décembre 2025 Il y a 15 heures, SebUbaye a dit : Merci beaucoup pour vos retours. J'en conclue en tout cas qu'il est difficile de mettre un nom sur un caillou tant les nuances sont possibles... Merci pour l'article. Bon, c'est un article un peu ancien (1975), d'autant plus qu'il résume et vulgarise une thèse soutenue en 1972 à Genève. En ce qui concerne certaines interprétations liées à la tectonique alpine et à la surrection des Alpes, les idées ont pu évoluer en 50 ans. Mais en ce qui concerne la description factuelle des affleurements, des terrains, des roches et de leurs minéraux constitutifs, je pense que c'est robuste. J'ai emporté plusieurs fois mon tirage "là-haut". La seule chose que je trouve regrettable, c'est que l'auteur n'ait pas illustré la description des multiples transformations minéralogiques par des reproductions de lames minces. J'en ai trouvé dans la thèse, mais cela reste un peu chiche. En ce qui concerne la discussion "dolérite X gabbro", je reproduis ci-dessous la description des méta-gabbros de Chabrières par la notice de la carte géologique du secteur : La notice parle de "microgabbros" (avec dans le détail un grain très variable, s'étendant de subdoléritique à pegmatitique), et l'auteur de l'article parle de "dolérites grossières". C'est vrai qu'avec des lattes de feldspath typiquement entre 2mm et 1cm, je serais parti plutôt sur un gabbro, et je me suis toujours demandé pourquoi l'auteur restait sur la dolérite; j'y ai trouvé deux explications possibles, qui ne s'excluent pas : - le fait qu'il ait trouvé les traces d'une texture interstérale avant métamorphisme, c'est-à-dire avec du verre volcanique entre les cristaux; ce qui joue en faveur de la dolérite, dans la mesure où un gabbro est en principe essentiellement grenu; - une subtile différence entre les écoles pétrogaphiques suisse et française. Total pour votre caillou c'est métadolérite ou métagabbro au choix. Voyez d'ailleurs à ce sujet l'éclairante discussion entre Ange Nilana, phoscorite, jjnom et kipuka dans le sujet "Basalte ou dolérite" en date du 17 septembre dernier dans la rubrique "Roche et Pétrographie. Pour terminer, si vous vous intéressez à la pétrographie des ophiolites, je me permet de vous conseiller le livre "A la recherche des océans disparus dans les montagnes françaises", de Christian Nicollet et Christine Laverne. Malgré la complexité du sujet, il est très accessible au non spécialiste, et magnifiquement illustré par des aquarelles de l'auteure, en particulier de nombreuses reproductions de lames minces, qui facilitent la compréhension des phénomènes. Citer
phoscorite Posté(e) 16 décembre 2025 Signaler Posté(e) 16 décembre 2025 Bonjour Distinguer une dolérite d'un gabbro a l'affleurement, c'est surtout une question de taille. Si c'est une masse compacte, plutôt gabbro, si c'est un filon, boudiné, plutôt dolérite. Une autre idée pour apprécier la vitesse de refroidissement que je n'ai jamais testée mais qui peut marcher (en théorie) : si vous avez une lampe UV et que par chance les apatites du caillou sont réactives, regardez si elles sont aciculaires (cristallisées rapidement) ou globuleuses (resp. lentement, dans un gabbro). Citer
BUT Posté(e) 16 décembre 2025 Signaler Posté(e) 16 décembre 2025 Très grosse masse dans le cas présent. Citer
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